Biographie

Une enfance bercée par les arts

Née le 7 juillet 1887 à Paris, Charlotte Sohy grandit dans un environnement où la musique et le théâtre sont omniprésents. Fille d’un ingénieur centralien et d’une cantatrice amatrice, elle est initiée très tôt au piano par Cécile Boutet de Monvel (cousine et élève de César Franck), et au solfège aux côtés de Nadia Boulanger.

La jeune Charlotte se passionne pour l’orgue, et lorsque la famille s’installe près du Trocadéro en 1903, ses parents lui installent un orgue Cavaillé-Coll dans le salon. Cet accès privilégié à un orgue symphonique jouera très probablement un rôle déterminant dans l’affirmation de sa vocation de compositrice. Elle étudie d’abord l’instrument dans l’école d’Eugène Gigout, auprès de Mlle Ziegler, et son talent s’y révèle rapidement.

En 1905, elle compose sa première œuvre, la Berceuse triste, une mélodie pour soprano et piano.

Gigout la vit et en retint la toute première phrase, dont, disait-il, je n’avais pas su tirer parti ; ce fut par son conseil que j’osai alors la présenter à Marty, mon professeur d’harmonie, qui n’en retint rien du tout et déclara le tout informe : il me conseilla de mettre cela dans un tiroir, ce que je fis.

Annotation de Charlotte Sohy sur son manuscrit

Charlotte poursuit désormais ses études d’orgue auprès d’Alexandre Guilmant, figure majeure de l’instrument, et pour la composition, c’est auprès d’une femme, la compositrice Mel Bonis, qu’elle se perfectionne. C’est peut-être sur les conseils de cette dernière que Charlotte adopte le pseudonyme neutre « Ch. Sohy ».
En 1907, elle compose une Fantaisie pour piano, qu’elle soumet à sa nouvelle professeure :

Je joins à mon manuscrit ma Fantaisie pour piano que je suis heureuse de soumettre à votre critique. Soyez très sévère pour moi, n’est-ce pas, chère Madame, et surtout très franche. […] Vous comprenez que ce travail est sans prétentions, et que je n’ai pas eu un instant l’idée de le publier ! Marty m’a défendu d’écrire avant d’avoir la science suffisante, mais je me dis qu’un enfant ne peut apprendre à marcher tout seul s’il n’essaye de lui-même au risque de tomber parfois, et je me suis risquée sans grand espoir de réussite. Et puis, j’ai tant d’idées en tête que cela en devient parfois pénible, et, en entreprenant ce travail, j’ai pensé que cela calmerait un peu l’ardeur de toutes ces pensées. Je crois donc, chère Madame, que vous trouverez dans cette œuvre peut-être quelques bonnes parties, mais sans doute beaucoup de mauvaises dues à ma grande inexpérience. Vous voyez que j’essaye de me juger aussi justement que possible sans me laisser entraîner par un sentiment d’amour-propre très ridicule en pareil cas, et surtout très nuisible aux progrès à faire. C’est pourquoi j’attends votre critique en toute humilité d’esprit, sûre qu’elle sera juste et affectueuse.

Lettre de Charlotte Sohy à Mel Bonis, septembre 1907 (archives Mel Bonis)

Mel Bonis réserve un bon accueil à cette œuvre et note sur le manuscrit « Bon début », puis « Joli ». Loin d’être de simples essais, ces premières compositions, auxquelles s’ajoutent les Chants de la lande écrits en 1908, témoignent d’une maîtrise déjà affirmée. Elles révèlent une sensibilité lyrique, voire dramatique, qui annonce les qualités majeures de l’ensemble de son œuvre.


La Schola Cantorum et la rencontre avec Marcel Labey

Prochain épisode bientôt !